Le modèle israélien de lutte antiterroriste

Mis en ligne le 05 Mar 2018

Cet article décrypte et analyse les caractéristiques et spécificités de la lutte antiterroriste en Israël. Ce modèle israélien, confronté au quotidien à la menace terroriste depuis de nombreuses années, s’appuie tout d’abord sur une base juridique évoluant avec les mutations du phénomène. Au plan opérationnel, l’auteure décrit ensuite la double stratégie menée, offensive et défensive, et appuyée sur une singulière culture du renseignement et de l’anticipation. Cette stratégie opérationnelle payante s’enracine dans une conscience aiguë de la place de l’humain et de la temporalité, le terrorisme s’avérant en effet un « phénomène têtu ».


       Les opinions exprimées dans cet article n’engagent pas le CSFRS.


Les références originales de ce texte sont : Léa Raso, « Le modèle israélien de lutte antiterroriste », Sécurité globale 2017/3, (N° 11), p. 57-70, Novembre 2017.

 

Ce texte ainsi que d’autres publications peuvent être visionnés sur le site de leur éditeur.


 

Le modèle israélien de lutte antiterroriste

 

 

Les attentats survenus en France depuis l’attaque de Charlie Hebdo et plus récemment les attentats de Nice le 14 juillet 2016 ont incité certains maires de la Riviera à faire appel à des sociétés de sécurités israéliennes spécialisées dans la lutte antiterroriste, dont les fondateurs sont issus des forces spéciales ou de la communauté du renseignement.

Dès 1948, Israël a dû faire face, aux attaques terroristes perpétrées par les Front de Libération de la Palestine, le Hamas, la section palestinienne du Jihad islamique. Autant d’actes destinés à semer la terreur parmi la population et porter atteinte à son moral.

A chaque action terroriste, les autorités israéliennes ont acquis un « savoir-faire » et créé l’Unité capable de répondre au nouveau défi, faisant ainsi preuve d’une adaptabilité constante. Aux attaques terroristes des premiers temps, ont succédé les attentats-suicides menés par le Hamas. Il a donc fallu « s’adapter » mettre au point de nouvelles stratégies, apprendre à connaître l’ennemi, définir son mode opératoire pour mieux s’en préserver et par conséquent être en mesure d’anticiper.

Selon les estimations, les forces de sécurité sont capables de prévenir 85 % des attaques suicides[1] grâce aux infiltrations, aux espions arabes payés par Israël. Mais à partir de la deuxième Intifada, en 2000 où le « profil » des terroristes a évolué vers ce que l’Europe a connu au Bataclan, mais aussi à Manchester : des terroristes souvent jeunes issus de sociétés occidentales, visant des lieux de divertissements fréquentés par des jeunes et n’hésitant pas à se donner la mort en actionnant la bombe dans le but de faire le maximum de victimes. Ce qui est visé c’est d’établir une comptabilité macabre qui garantira la publicité faite autour de l’attentat par les media, ce qui aura pour finalité d’atteindre le moral des populations de miner leur résistance.

L’objet de notre article est de présenter la spécificité de la lutte antiterroriste israélienne qui travaille sur cinq axes :

1. la collecte et l’analyse d’informations par; les services de renseignement,

2. les opérations militaires et paramilitaires visant à porter un coup aux infrastructures terroristes,

3. l’accent mis sur la sécurité de l’aviation commerciale,

4. la préservation contre des attaques chimiques ou biologiques,

5. enfin, l’antiterrorisme travaille au renforcement de l’endurance psychologique de la population.

Mais l’antiterrorisme israélien a pu bénéficier de lois héritées du Mandat britannique et qui permet aux unités chargées de la lutte antiterroriste d’être beaucoup plus libres sans risquer d’avoir à répondre sans cesse de ses actes.

Nous nous arrêterons sur l’aspect juridique et l’Ordonnance 33 qui donne une définition précise du terrorisme qui a subi au fil des décennies de nombreux amendements.

Ensuite, il sera question du modèle israélien il sera question de la stratégie offensive reposant sur le travail effectué par les Forces de sécurité et le Renseignement qui pratiquent l’infiltration, les arrestations préventives, l’élimination des cellules dangereuses pour la sécurité de l’État. Enfin, nous examinerons la stratégie dite défensive reposant sur la création de zones de sécurité, barrières, points de contrôle militaires et de la protection dont bénéficient certains points stratégiques dont l’aéroport Ben Gurion ou bien encore ce qui fait de El Al, l’une des compagnies les plus sûres au monde.

 

Pour une définition sans cesse remaniée du « terrorisme »

Pendant longtemps l’idée qui a prévalu en Occident notamment, était que le terrorisme était un fait isolé existant dans certaines sociétés, mais non transposable ailleurs. Quelques attentats comme Lockerbie, bien qu’ayant eu lieu sur le sol du Royaume-Uni étaient pour les analystes en lien avec la situation du Proche-Orient. Les États-Unis, confiants en la sanctuarisation de leur pays,
n’avaient pu, jusqu’au 11 septembre 2001, envisager qu’un attentat de grande ampleur pourrait se produire sur le sol américain, aussi, bien que les Grandes Oreilles de l’Amérique aient intercepté des messages annonçant notamment l’imminence d’une action sur leur territoire, ils n’ont pas été en mesure d’analyser ni de lui donner sa juste importance. A la suite de cette tragédie, l’Amérique s’est dotée du Patriot Act.

Parmi les pays européens, la France a été en butte dans le passé d’actes de terrorismes, comme les attaques du GIA algérien et s’est dotée de lois.

Mais celui-ci reste un phénomène flou comme en témoigne la définition donnée par Jean Louis Gillet et Wanda Mastor pour qui, il s’agit d’un phénomène difficile à appréhender juridiquement[2], et ce, en raison de son caractère protéiforme et tenant à la nature et à l’objectif des actes terroristes, aux mobiles et aux modalités de son expression. Il en résulte donc un obstacle à une définition unitaire et partagée, condition nécessaire pour une analyse juridique et la mise en oeuvre de poursuites en vertu du principe de légalité des infractions.

L’État d’Israël a été confronté à la difficulté de cerner ce phénomène en constante évolution, comme le montrent les amendements subis par l’Ordonnance 33 portant sur la lutte antiterroriste.

Cette ordonnance puise ses racines dans la loi britannique de Défense et des mesures d’urgence de 1945[3] édictée sous le Mandat britannique. Elle a vu le jour lors d’un événement tragique, l’assassinat du Comte Bernadotte par le groupe Stern. Dès lors, l’Ordonnance de prévention du terrorisme qui fut adoptée le 23 septembre 1948, autorisa le gouvernement israélien à qualifier d’organisations terroristes, des groupes d’individus prenant part à des actions visant à « tuer, blesser ou menacer » mais aussi à celle qui apportent leur concours en faisant « de la propagande et collectant des fonds ».[4] Elle concernait à la fois les terroristes arabes, mais aussi les extrémistes juifs.

En 1980, 1986 et 1993 elle a été amendée, afin d’être au plus près de la situation sur le terrain, visant principalement à étendre la définition du terrorisme et à identifier de nouveaux acteurs.

En 2005, le gouvernement a adopté une loi sur le financement du terrorisme Prohibition of Terror Financing Law. Il s’agit d’un texte de 54 articles adopté à la suite de la Convention internationale pour la suppression du terrorisme. La loi a été amendée pour la dernière fois en 2014. Elle reprend la définition du terrorisme de l’Ordonnance 33 et donne aussi pouvoir à un comité ministériel pour ajouter à la liste de ces organisations celles déclarées terroristes par les Conseil de sécurité de l’ONU ou par d’autres États.

Les dispositions pénales consistent principalement dans deux infractions: effectuer une transaction immobilière destinée à faciliter, promouvoir ou financer une activité terroriste ou à  récompenser ceux qui l’ont perpétrée, qui fait encourir une peine maximale de dix ans d’emprisonnement et effectuer une transaction immobilière qui facilite les activités terroristes ou récompense ceux qui les ont perpétrées, qui peut entraîner une peine allant jusqu’à sept ans d’emprisonnement. L’article 8 exige une intention, l’article 9 n’impose qu’une connaissance et la loi définit différents pré requis aux termes desquels un comportement négligent peut entrer dans le champ des infractions. Elle impose aussi une obligation de signalement de ces transactions.

Outre la sanction pénale, la juridiction en charge de l’affaire peut aussi ordonner la saisie des biens. On peut sans doute y voir l’influence de la société civile et la création en 2003 du Shurat HaDin, Centre de droit israélien créé par l’avocate Nitsana Darshan-Leitner. Il se présente comme une organisation à but non-lucratif située à Tel Aviv dont l’objectif est de mettre en liquidation les organisations terroristes et ceux qui les soutiennent. Depuis sa création, des familles des victimes du terrorisme ont obtenu plus de 200 millions de dollars, le Centre a pu geler un montant à hauteur de 600 millions de dollars d’actifs appartenant à des organisations terroristes ou à des états qui parrainent le terrorisme. En 2016, Nitsana Darshan-Leitner a remporté 655 millions[5] de dollars de la part de l’Autorité palestinienne et de l’OLP au nom de onze familles américaines, dont les proches ont été tués ou blessés lors d’attentats commis en Israël.

Le 15 juin 2016 la Knesset a voté une loi, jugée capitale pour la définition du terrorisme dans sa forme actuelle. Elle a été présentée par la ministre de la Justice, Ayelet Skaked qui milite en faveur d’un accroissement des pouvoirs de l’État et des services de sécurité vis-à-vis des terroristes potentiels, tout en prenant en compte un champ toujours plus vaste des activités terroristes.

Désormais les individus condamnés pour actes terroristes pourront recevoir des peines allant jusqu’à 30 ans de prison. Ceux qui seront jugés coupables d’avoir aidé les terroristes, en leur fournissant par exemple des moyens de transport, seront passibles de cinq ans de prison, et un individu ayant eu connaissance d’une attaque imminente mais n’ayant rien fait pour l’empêcher pourra être condamné jusqu’à trois ans de prison. Toute personne se déclarant en public, liée à une organisation terroriste sera également passible de trois ans de prison.

Les détentions administratives qui autorisent à détenir des suspects pour une période renouvelable six fois de suite sans les mettre formellement en accusation, sont également entérinées par la nouvelle loi. Cette loi a été vivement critiquée par l’opposition travailliste comme étant liberticide. Comme le souligne le professeur Eli Salzberger : « la nouvelle législation fournit une définition homogène et actualisée de l’organisation terroriste et des actes de terrorisme, qui étaient définis différemment dans les lois antérieures. Elle intègre aussi les normes internationales e transnationales »[6].

 

La spécificité israélienne en matière de lutte antiterroriste

L’intérêt pour les méthodes israéliennes en matière de lutte antiterroriste n’est pas nouveau, car ces méthodes ont prouvé au fil des décennies leur efficacité à répondre aux prises d’otages. L’Italie suite à l’attaque de l’Achille Lauro, paquebot de croisière battant pavillon italien a signé le 4 décembre 1986 un accord de coopération avec Israël, par lequel les deux pays se sont engagés à échanger des informations relatives aux groupes terroristes, sur leurs activités et techniques dans les limites permises par leurs législations et procédures respectives. Mais également de mettre à jour régulièrement les informations portant sur les menaces aussi bien que sur les nouvelles techniques pour combattre ces menaces. Et cela, par le biais d’un échange régulier et constant d’experts.

L’accord prévoit également un échange de savoir-faire en matière de sécurité aérienne, maritime et ferroviaire, afin d’améliorer de manière constante les standards des mesures de sécurité, prises dans les aéroports, les ports et gares et en les comparant sans cesse au niveau de menaces posé par le terrorisme international. Enfin les deux États prévoient une assistance mutuelle dans le
domaine de la sécurité y compris les biens et institutions (ambassades et consulats) dans les pays respectifs.

Le 30 avril 1996, les États-Unis ont signé un accord de coopération qui s’est considérablement accru après les attentats du 11 septembre et le janvier 2012, c’est l’Inde qui qui à la suite de la visite officielle du Ministre des Affaires étrangères Somanahalli Mallaiah Krishna a décidé d’intensifier ses relations en matière de lutte antiterroriste avec l’État hébreu. Mais sur quoi repose ce savoir-faire israélien ?

 

La stratégie offensive

Depuis la création de l’État d’Israël le pays a été le témoin du changement dans les méthodes terroristes, et aux prises d’otages sanglantes des années 1960-1970, s’est substitué le terrorisme d’inspiration chiite prônant le martyr de ses membres qui n’hésitent pas à se transformer en bombes humaines.

Une forme de terrorisme particulièrement redoutée, car imprévisible et contre lequel la parade est souvent difficile. Pour faire face au déferlement de violence qui a suivi la proclamation de l’État d’Israël, David Ben Gurion a décidé la création de Forces de sé- curité israéliennes ayant pour mission de porter assistance aux citoyens.

Ce qui est particulier à Israël, c’est que chaque tragédie a donné naissance à une unité nouvelle. Ce qui révèle une grande réactivité qui est toujours de mise. Chacune de ces unités a acquis un savoir-faire, une spécialisation dans un domaine bien particulier selon le cas : prise d’otages, incursions en territoire israélien, infiltration des lignes ennemies parfois elles cumulent plusieurs missions dont le renseignement. Toutes ces unités entretiennent une relation avec la communauté du renseignement, mais collaborent étroitement entre elles pour des missions de terrain, avec cette dernière

 

Les forces de sécurité : la lutte active contre le terrorisme

En 1949, l’une des premières unités à voir le jour est Shayetet 13 qui est l’une des trois principales unités des Forces Spéciales, au même titre que Sayeret Matkal et Shaldag. Shayetet ou S’13 qui signifie Flottille est rattachée au corps de la Marine.

Elle est spécialisée dans les incursions terrestres par la mer, le sabotage, le contreterrorisme, l’intervention sur prise d’otages en milieu maritime, l’exécution d’opérations spéciales et la guerre non conventionnelle.

L’unité est parmi les plus secrètes de l’armée israélienne, les informations et détails des missions demeurent confidentiels et les commandos de S’13 sont tenus de garder l’anonymat. S’13 est respectée et considérée parmi les meilleurs forces spéciales au monde, et souvent comparée aux SEAL américains et à la très secrète SEAL Team Six.

Les volontaires pour Shayetet 13 sont tenus de signer pour 18 mois supplémentaires aux 36 mois obligatoires du service militaire israélien.

Pendant la seconde guerre du Liban, cette unité a infligé de lourdes pertes au Hezbollah en infiltrant ses lignes et en assassinant trente de ses dirigeants. Depuis 2000, elle a arraisonné de nombreux navires transportant des cargaisons d’armes à Gaza.

En 1974, le FPLP prend en otage 105 élèves de Ma’alot, l’armée intervient, mais 22 enfants sont tués dans l’assaut. C’est alors que fut décidée la création d’une unité de police spécialisée en prises d’otages ou interventions à gros risques. Le Yamam voit alors le jour, il s’agit d’ une unité spéciale antiterroriste israélienne qui devient très vite celle des missions extrêmes.

Les membres de l’unité sont formés pour intervenir en un temps record dans toutes les situations d’agression sur terre, dans l’eau, dans le feu et dans les airs, via une formation acrobatique. Ces voltigeurs de la police ont été surnommés les “kofim” (singes) et il n’est pas rare de les entrapercevoir la nuit s’entraînant en haut des tours Azrieli à Tel Aviv.

Douze ans après sa création le Yamam s’est notamment distingué dans l’affaire dite de “l’autobus des mères”. Un car de transport de femmes employées à l’usine atomique de Dimona pris en otage par trois terroristes. Après que les terroristes eurent abattu 3 passagères, l’ordre fut donné au Yamam de mener l’assaut. Les otages ont été libérés sans qu’il y ait eu à déplorer de nouvelles victimes.

L’unité Sayeret Matkal est considérée comme la meilleure unité de combat de l’armée israélienne, et peut-être au monde. Il s’agit d’une unité où le professionnalisme est érigé en mode de vie. L’unité n’est rattachée à aucun commandement régional, et ne répond qu’aux ordres de l’état-major. En revanche elle fait partie de la branche des Renseignements du Amam (services de renseignement de Tsahal).

Les combattants de l’unité sont sélectionnés, par le biais de tests rigoureux et d’examens physiques éprouvants. Ils sont spécialisés en opérations commando et « scoutisme » (navigation, orientation, utilisant d’un large éventail de véhicules, etc.). Un équipement technologique de pointe est mis à leur disposition.

L’entrainement des nouvelles recrues commence dans la base de formation de la Brigade Parachutiste. Elle dure un an et 8 mois. Les combattants débutent par un entraînement commun avec les soldats de la Brigade Parachutiste. Après 4 mois d’entraînements communs, les futurs combattants de la Sayeret Matkal sont séparés du reste des parachutistes et suivent un entraînement spécifique, qui les soumet à des épreuves physiques intenses à l’issue desquelles ils reçoivent le fameux béret rouge, après notamment une marche éreintante de 120 kilomètres.

Par la suite, ils partent pour une autre base du centre du pays, où ils entament une formation spécialisée. Cette formation comprend notamment : 15 semaines de navigation dans le désert, des exercices de repérage, des exercices anti-terroristes (avec une utilisation de tout type d’armes), la formation de tireur d’élite de Tsahal, plusieurs semaines au cours desquelles les soldats apprennent à rester camouflés tout au long d’une opération, et à utiliser toute une panoplie de moyens de transport civils et militaires. De plus, ils reçoivent une formation s’étendant sur plusieurs semaines sur l’utilisation de l’équipement uniquement dédié à cette unité. Afin de terminer la formation, les soldats doivent exceller en matière de motivation, détermination, forme physique et capacité à prendre des décisions sous pression. Ils ont à leur actif le succès de lOpération Isotope qui a permis la libération des otages du vol Vienne-Tel Aviv de la Sabena, le 8 mai 1972.

L’unité Shaldag a été créée au lendemain de la guerre de Kippour, pour permettre à l’armée de l’air une indépendance dans la gestion d’opérations spéciales, l’unité est une des plus secrètes de Tsahal. Contrairement à d’autres unités, rien n’est dévoilé sur la nature et les lieux des entraînements. Les missions menées par Shaldag ne sont révélées que quelques années plus tard et certaines, menées pourtant il y a plus de vingt ans demeurent encore secrètes.

Sur les quelques informations publiées ces dernières années, on sait notamment que l’unité a joué un rôle crucial lors de la première guerre du Liban en pénétrant dans le fief même du Fatah. C’est aussi cette unité qui a démantelé au cours d’une des opérations les plus osées de Tsahal, les missiles sol-air au cœur d’une base de l’armée syrienne au début des années 80 dans la Bekaa libanaise. Lors de la seconde guerre du Liban, Shaldag a mené une série d’opérations dans les rangs du Hezbollah, opérations encore secrètes.

Dirigée alors par le commandement Doron Almog, l’unité Shaldag a aussi joué un rôle crucial lors de l’Opération Moshé, le sauvetage des juifs d’Ethiopie par le Soudan en 1984 et 1985. Une série d’opérations tout au long de la traversée de cette communauté dans le désert du Soudan, mais aussi le sauvetage in extremis des agents du Mossad dans ce pays, lorsque l’opération fut découverte mettant en danger immédiat les agents des services secrets israéliens.

D’autres unités aussi prestigieuses et à l’efficacité démontrée tissent un réseau souterrain en charge de prévenir tout attentat, mais aussi d’être constamment une menace pour les organisations terroristes.

 

La communauté du renseignement

A la rigueur et au professionnalisme de ses forces spéciales, Israël est admiré pour la qualité de son renseignement à la fois à la pointe de la technologie mais du renseignement humain. Son inclination vers les techniques nouvelles se manifeste dès la fin de la guerre de Kippour avec l’invention du drone, conçu et mis au point par l’ingénieur David Harari et son équipe : « L’offensive surprise des forces égypto-syriennes de 1973 avait coûté la vie à environ 200 pilotes et hommes d’équipage israéliens. C’est alors qu’une petite équipe d’ingénieurs dont je faisais partie s’est mise à concevoir une sorte de caméra volante, susceptible de transmettre des informations en temps réel et de permettre à l’armée de mener des opérations en 4D ».[7] Mais Israël ne néglige pas le renseignement humain qui joue un rôle important dans la lutte contre le terrorisme.

Si l’on a tendance à réduire la communauté du renseignement au Shin Beth et au Mossad qui fonctionnent en binôme parfait, celle-ci est beaucoup plus vaste, car chaque unité des forces spéciales possède son propre service de renseignement.

Le Amam ou Agaf HaModiin est le service de renseignement de l’Armée. Il fait partie intégrante du renseignement et évolue dans son propre cadre. Les soldats de la branche coordonnent leurs activités avec les autres branches du renseignement dans un but commun qui est de faire obstacle le plus possible au menées terroristes sur le territoire israélien. Le service est responsable du déclenchement des alertes en cas de conflits ou d’actes terroristes. Elle analyse les données du renseignement civil et militaire afin de fournir une cartographie de la situation sécuritaire. Elle distribue les informations pertinentes aux corps indiqués. Les soldats de la branche sont responsables de la transmission de ces renseignements et de leur actualisation en temps réel.

Le service de renseignement de l’armée a été créée au moment de la fondation de l’État d’Israël. Il est passé maître dans la traduction d’informations, le décryptage d’images aériennes, il fournit les autres services en électronique en établissant des systèmes de vérification, fabrication de cartes électroniques, construction de terminaux informatiques sécurisés. C’est lui qui chapeaute le projet « Cieux du Renseignement » : il s’agit du projet phare du Corps des Renseignements pour la formation d’un noyau de qualité au sein du Centre National de Collecte et de Dissuasion. Le programme de formation a lieu une fois par an, et se compose d’un petit groupe de candidats choisis en fonction de leurs qualités, qui le rejoignent après de rigoureuses sélections. A la fin du programme, les diplômés servent dans des rôles clés de la communauté du renseignement au sein de l’armée, et continuent à être influents dans cette même communauté après leur service.

Le ShinBeth est le Service de sécurité intérieure israélien, il veille à la protection des membres du gouvernement, mais son rôle est beaucoup plus étendu. Il possède trois divisions :

1. La Division des affaires arabes : Cette division a pour tâche de déjouer les attaques terroristes, elle veille à la mise à jour d’une banque de données sur des terroristes islamistes. Cette division comporte un détachement militaire nommé Henza qui travaille en collaboration avec les Mistaarvim (corps de troupe du Aman), pour maîtriser les émeutes.

2. La Division des affaires non-arabes : Cette division a pour but d’infiltrer les agences étrangères de renseignement et les missions diplomatiques en Israël. Avant la chute du bloc sovié-
tique, cette division était subdivisée en 2 sections : Section communiste et Section non-communiste. On y étudiait les dossiers de certains immigrants venant de l’Europe de l’Est ou des pays d’Union soviétique.

3. La Division de la sécurité : Cette division assure la protection des infrastructures gouvernementales, diplomatiques et scientifiques. Ou encore les industries
militaires et les vols de la compagnie aérienne nationale El-Al.

Le Mossad est le service le plus connu à l’étranger et il mène une guerre farouche contre le terrorisme. Nous ne nous arrêterons pas sur ses actions les plus médiatisées qui ont contribuées à asseoir sa légende. L’agence de renseignement est structurée de la manière suivante[8] :

• Renseignement : la division du renseignement est la plus importante. Elle est en charge des opérations d’espionnage à l’étranger à travers ses antennes officielles ou clandestines. Ce département se divise lui-même en bureaux, chacun supervisant une zone géographique, des antennes qui s’y trouvent, et des agents qui y opèrent.

• Recherche & Étude : la division de la Recherche est responsable de l’interprétation des renseignements. Elle fournit un rapport quotidien, un bulletin hebdomadaire et un carnet mensuel détaillé. Ce département se divise en 15 zones géographiques qui sont les États-Unis, le Canada, l’Europe de l’Ouest, la CEI, la Chine, le Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), la Libye, l’Égypte, le reste de l’Afrique, l’Irak, la Jordanie, la Syrie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Iran. Un bureau annexe suit l’évolution des projets d’armement des pays voisins.

• Guerre psychologique : cette division, appelée Lohamah Psichologit, s’occupe de la guerre psychologique, de la propagande ou de contre-propagande et des opérations de mystification et de démystification.

• Technologie & techniques : division responsable la création et du développement de technologie et de technique destinés à l’agence elle-même.

• Planification, coordination et des relations internationales. La division des relations internationales s’occupe des relations et des opérations communes avec les agences des pays amis, mais aussi avec les pays n’entretenant pas de relations normalisées avec l’État d’Israël. Dans les antennes de grande importance comme Paris, le Mossad dispose, sous le couvert de l’ambassade, d’un responsable affilié à la division de l’Information et  d’un responsable des Relations Internationales.

• La division des opérations spéciales : la division des opérations spéciales conduit les opérations paramilitaires, de sabotage et d’assassinat.

Maître de l’anticipation le Mossad est à la pointe de la technique tout en privilégiant l’analyse de ses experts : « développé depuis quelques années un domaine dans lequel ils sont probablement les meilleurs au monde : le cyber-renseignement. Il s’agit, plutôt que d’être victime d’attaques, de prendre les devants et d’anticiper. Ils partent alors chercher des renseignements directement sur les réseaux sociaux et toute la cybersphère, sur le Web invisible et dans le Dark Net. Là, ils repèrent les gens qui parlent, d’où ils parlent, ils les suivent, les identifient et les infiltrent ; ils espionnent les lieux où se  préparent des choses, par exemple les forums de spécialistes de technologie, de l’Islam ou du terrorisme. Il s’agit pour ces équipes de s’intégrer dans les groupes ennemis pour pouvoir être au courant de tout le jour J, et d’anticiper ou d’empêcher une attaque parce qu’un de leurs agents aura réussi à se faire passer pour l’un d’entre eux »[9].

A l’infiltration, fait suite la transmission d’informations aux unités de terrain. La coordination du renseignement opère très vite. La majeure partie des opérations est assurée par le Shin Beth voire par le Mossad, selon les cas de figure qui vont procéder à leur arrestation ou leur neutralisation.

 

La stratégie défensive

L’aéroport de Tel Aviv qui dans les années 1960-1970 a été le théâtre d’attaques sanglantes est un bunker hyper-protégé par des procédures de sécurisation très strictes. Pour pénétrer en voiture dans la zone aéroportuaire, il faut franchir un premier barrage filtrant situé à environ trois kilomètres des bâtiments. Les véhicules roulent au pas devant une guérite où des gardes, tous issus des unités d’élite de l’armée et armés de fusils-mitrailleurs les questionnent sur les raisons de leur présence.

A l’intérieur de l’aéroport, les passagers en partance sont soumis à des questions et leurs bagages passés au détecteur de métaux.

Tous les lieux destinés à accueillir le public voient leurs entrées filtrées et les visiteurs obligées de présenter leurs sacs. C’est le cas du marché de l’artisanat à ciel ouvert qui se tient chaque semaine à Tel Aviv, le Nahalat Binyamin.

On a souvent évoqué la résilience de la population israélienne et sa capacité à endurer et à se « relever » à chaque coup dur. Mais la vigilance de la population joue un rôle clé dans la prévention du terrorisme. Selon les experts la population est sensibilisée et n’hésite pas en cas de colis suspect à prévenir la police. L’expert Jonathan Tucker avance le chiffre de 80 % d’attaques dé- jouées, grâce à la vigilance de la population.[10]

Tous les lieux sont sécurisés et il y en a un qui ne déroge pas à la règle, c’est la compagnie El Al. Avant chaque embarquement, les passagers sont soumis à des questions d’agents formés par la compagnie, à détecter les cas suspects. A bord un agent armé veille à la sécurité des passagers, celui-ci est inconnu de tous, mais en cas de problème, il est habilité à intervenir.

Enfin pour lutter contre le risque d’attaque de missiles tous les avions de la compagnie sont équipés d’un système de défense « antimissiles » qui protège automatiquement les avions contre des tirs terroristes, notamment aux décollages et atterrissages.

Ce système, appelé Sky Shield, a été conçu et développé par la société Elbit, en collaboration avec le ministère de la Défense israélien. Il s’agit d’un dispositif de défense des avions de ligne contre les attaques de missiles sol-air à courte portée. Baptisé CMusic, le système repère le tir de missile et envoie un puissant rayon laser en direction du projectile afin de le détourner de sa trajectoire et le faire exploser loin de son objectif initial.

Ce système est installé sous la carlingue de l’avion de ligne sous la forme d’un gros boitier de 159 kilogrammes et de trois mètres de long. Les avions de ligne israéliens sont donc équipés pour faire face à la menace terroriste pour un coût s’élevant à 3 millions de dollars l’unité.

 

Conclusion

Si Israël est devenu un modèle en matière de lutte antiterroriste, c’est parce que plus que tout pays au monde il a été confronté dès la création de l’État à ce phénomène.

Sa force réside dans la compétence des services en charge de la lutte contre le terrorisme, leur réactivité, leur rigueur extrême, mais aussi du maillage du territoire par ces mêmes forces, sans oublier une communication optimale entre tous ces services.

La technologie est venue épauler le travail des hommes, mais Israël a compris très vite comme le soulignait Isaac Yeffet, ancien chef de sécurité d’El Al, que rien ne vaut le renseignement humain. Lors d’une interview donnée à CNN, il exhortait les autorités américaines à cesser d’avoir une confiance absolue dans la technologie « la technologie peut aider un être humain compétent et bien entraîné, mais ne peut en aucun cas le remplacer»[11] affirmait-il.

Mieux que n’importe quel pays au monde,Israël sait que l’on ne gagne aucune guerre contre le terrorisme, décrit comme un « phénomène têtu»[12]. Si une victoire décisive est donc impossible, Israël mène une guerre constante et souterraine contre ces forces de dissolution qui menacent son intégrité.

References[+]


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